Qu'est-ce que le droit de visite et d'hébergement (DVH) ?
Quand deux parents se séparent, le juge aux affaires familiales (JAF) fixe la résidence principale de l'enfant chez l'un des deux parents. L'autre parent se voit accorder un droit de visite et d'hébergement, souvent abrégé DVH.
Concrètement, cela signifie que votre enfant vit au quotidien chez le parent dit "gardien", et passe des temps définis (weekends, mercredis, vacances) chez l'autre parent. C'est le mode de résidence le plus fréquent en France, bien plus courant que la garde alternée. Selon les statistiques du ministère de la Justice, environ 71 % des décisions fixent la résidence principale chez un seul parent.
Le fondement juridique se trouve à l'article 373-2-9 du Code civil : le juge statue sur la résidence de l'enfant en fonction de son intérêt, et accorde un droit de visite et d'hébergement au parent chez qui l'enfant ne réside pas.
DVH classique ou DVH élargi : quelle différence ?
Il existe deux grandes formes de droit de visite et d'hébergement. La différence tient au temps passé avec le parent non gardien.
Le DVH classique
C'est la formule la plus courante. Le parent non gardien accueille l'enfant :
- Un weekend sur deux, en général du vendredi soir (ou samedi matin) au dimanche soir.
- La moitié des vacances scolaires, avec alternance une année sur deux (première moitié les années paires, seconde moitié les années impaires, ou l'inverse).
En période scolaire, cela représente environ 4 jours par mois chez le parent non gardien, soit une répartition proche de 75/25. C'est ce qu'on appelle la garde classique.
Le DVH élargi
Le DVH élargi ajoute du temps au-delà du simple weekend sur deux. Les aménagements les plus fréquents :
- Le mercredi chez le parent non gardien (journée entière ou après-midi seulement).
- Un weekend prolongé, du vendredi soir au lundi matin avec dépôt direct à l'école.
- Une combinaison des deux : mercredi + weekend étendu.
Avec un DVH élargi incluant le mercredi, la répartition passe à environ 65/35. Le parent non gardien passe alors 5 à 6 jours par mois avec l'enfant en période scolaire. Consultez notre page sur la garde classique élargie pour les détails de cette formule.
À quoi ressemble un mois type ?
Prenons un exemple concret pour bien visualiser la différence entre les deux formules. Le parent A a la résidence principale. Le parent B a le droit de visite et d'hébergement. Le mois commence un lundi.
Exemple : DVH classique (un weekend sur deux)
Semaine 1 (paire)
Lundi à vendredi : chez Parent A
Samedi et dimanche : chez Parent B
Semaine 2 (impaire)
Lundi à dimanche : chez Parent A
Semaine 3 (paire)
Lundi à vendredi : chez Parent A
Samedi et dimanche : chez Parent B
Semaine 4 (impaire)
Lundi à dimanche : chez Parent A
Total Parent B : 4 jours sur 28
Exemple : DVH élargi (weekend sur deux + mercredi)
Semaine 1 (paire)
Lundi, mardi : chez Parent A
Mercredi : chez Parent B
Jeudi, vendredi : chez Parent A
Samedi, dimanche : chez Parent B
Semaine 2 (impaire)
Lundi, mardi : chez Parent A
Mercredi : chez Parent B
Jeudi à dimanche : chez Parent A
Semaine 3 (paire)
Lundi, mardi : chez Parent A
Mercredi : chez Parent B
Jeudi, vendredi : chez Parent A
Samedi, dimanche : chez Parent B
Semaine 4 (impaire)
Lundi, mardi : chez Parent A
Mercredi : chez Parent B
Jeudi à dimanche : chez Parent A
Total Parent B : 8 jours sur 28
Le seuil des 40 % : pourquoi c'est important
La répartition du temps entre les deux foyers a des conséquences fiscales et sociales directes. En France, le seuil clé est 40 %.
- Si l'enfant passe moins de 40 % du temps chez un parent, c'est un DVH. Le parent gardien déclare l'enfant sur sa feuille d'impôts et perçoit les allocations de la CAF (allocations familiales, APL avec majoration, etc.).
- Si l'enfant passe 40 % ou plus chez chaque parent, on parle de résidence alternée. Les parts fiscales et les allocations CAF peuvent alors être partagées entre les deux foyers.
Avec un DVH classique (environ 25 % du temps chez le parent non gardien), vous êtes clairement en dessous du seuil. Avec un DVH élargi (environ 35 %), vous vous en rapprochez sans l'atteindre. Seule la garde alternée (50/50 ou proche) dépasse ce seuil.
Comment le juge aux affaires familiales décide-t-il du DVH ?
Le JAF prend sa décision en se fondant sur un principe central : l'intérêt supérieur de l'enfant. Plusieurs éléments entrent en compte dans son analyse.
- La stabilité de l'enfant : ses habitudes, son école, ses activités, ses liens sociaux.
- La proximité géographique : la distance entre les deux domiciles. Si les parents vivent à 200 km l'un de l'autre, un DVH avec mercredi est difficilement réalisable en semaine scolaire.
- La disponibilité de chaque parent : horaires de travail, capacité à organiser le quotidien de l'enfant.
- La qualité de la relation entre les parents : leur capacité à communiquer et à coopérer. Un conflit intense peut conduire le juge à fixer un cadre plus strict.
- Les souhaits de l'enfant : à partir d'un certain âge (il n'y a pas de seuil légal, mais en pratique souvent vers 10-12 ans), le juge peut entendre l'enfant s'il en fait la demande. Son avis est pris en compte mais ne lie pas le juge.
- Les éventuels antécédents : violences, addictions ou tout comportement mettant l'enfant en danger peuvent conduire à un DVH restreint (en lieu neutre, en présence d'un tiers) voire à une suspension du droit.
Peut-on modifier un droit de visite et d'hébergement existant ?
Oui. Un jugement fixant le DVH n'est jamais définitif. Vous pouvez demander une modification si un élément nouveau le justifie. Les situations les plus fréquentes :
- Un déménagement de l'un des parents.
- Un changement dans les conditions de vie (nouvel emploi, nouveau conjoint, problème de santé).
- L'enfant grandit et ses besoins évoluent.
- Le DVH actuel ne fonctionne pas en pratique (retards répétés, conflits aux transitions).
Deux options s'offrent à vous :
- L'accord amiable : vous trouvez un arrangement avec l'autre parent et le faites homologuer par le JAF. C'est la voie la plus rapide et la moins coûteuse.
- La requête au JAF : si aucun accord n'est possible, vous saisissez le tribunal judiciaire. Le juge convoque les deux parents et statue. Comptez plusieurs mois de procédure.
Que faire si l'autre parent ne respecte pas le DVH ?
C'est malheureusement une situation courante et douloureuse. Si l'autre parent refuse de vous remettre l'enfant aux dates prévues par le jugement, c'est une infraction pénale.
L'article 227-5 du Code pénal définit la non-représentation d'enfant : le fait de refuser de remettre un enfant à la personne qui a le droit de le réclamer est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende.
Voici les étapes à suivre :
- Gardez des preuves : SMS, emails, messages vocaux. Notez les dates et heures de chaque refus ou retard.
- Présentez-vous au lieu de remise : allez chercher l'enfant comme prévu par le jugement. Si l'autre parent refuse, vous pouvez appeler la police ou la gendarmerie. Demandez un procès-verbal (main courante ou plainte).
- Déposez plainte : au commissariat ou à la gendarmerie, pour non-représentation d'enfant.
- Saisissez le JAF : en parallèle, vous pouvez demander au juge une modification du DVH, voire une astreinte (somme d'argent par jour de retard).
Inversement, si c'est vous qui avez la résidence principale et que l'autre parent ne vient pas chercher l'enfant, vous ne pouvez pas le forcer. Mais vous pouvez signaler ces absences au JAF si vous souhaitez faire modifier le jugement.
Comment bien organiser les transitions et la communication ?
Les moments de passage d'un foyer à l'autre sont souvent les plus tendus. Quelques conseils pratiques pour que cela se passe bien, pour vous et surtout pour votre enfant.
- Fixez un calendrier précis et partagé. Pas de "on verra bien". Un planning clair évite les malentendus. Vous pouvez utiliser CalendrierGarde.fr pour générer un calendrier visuel exportable en PDF ou Google Agenda.
- Choisissez un lieu de transition neutre si les échanges au domicile sont source de conflit. L'école est souvent idéale : un parent dépose le matin, l'autre récupère le soir.
- Préparez un sac à l'avance. Vêtements, doudou, médicaments si besoin. L'enfant ne doit pas être pris entre deux feux pour des histoires de chaussettes oubliées.
- Communiquez par écrit avec l'autre parent pour tout ce qui concerne l'enfant (santé, école, activités). Un email ou un message sur une application de coparentalité laisse une trace et limite les disputes.
- Ne parlez jamais en mal de l'autre parent devant l'enfant. Même si la situation est difficile, votre enfant a besoin de se sentir autorisé à aimer ses deux parents.
Comment expliquer le calendrier à votre enfant ?
Les enfants ont besoin de repères. Un planning visuel, accroché dans sa chambre chez chaque parent, l'aide à se projeter et à comprendre le rythme.
- Utilisez des couleurs : une couleur par parent.
- Montrez-lui à l'avance les prochains jours : "Ce weekend tu es chez papa/maman."
- Laissez-le poser des questions. Si l'enfant demande "Pourquoi je suis plus souvent chez maman/papa ?", répondez simplement et sans accuser l'autre parent.
- Pour les plus jeunes (3-6 ans), un calendrier avec des images et des gommettes fonctionne très bien.
Questions fréquentes sur le droit de visite et d'hébergement
Peut-on refuser d'exercer son droit de visite ?
Oui, le DVH est un droit, pas une obligation. Un parent peut choisir de ne pas exercer son droit de visite. Cependant, des absences répétées et injustifiées peuvent être prises en compte par le JAF si l'autre parent demande une modification du jugement. Et surtout, l'enfant en souffre.
Peut-on refuser de confier l'enfant à l'autre parent ?
Non, sauf danger immédiat pour l'enfant. Si un jugement prévoit un DVH, vous êtes tenu de le respecter. Un refus constitue une non-représentation d'enfant (article 227-5 du Code pénal). Si vous estimez que l'enfant est en danger, contactez immédiatement le procureur de la République ou le 119 (numéro national de l'enfance en danger).
À partir de quel âge un enfant peut-il décider chez qui il veut vivre ?
Il n'existe pas d'âge légal en France. L'article 388-1 du Code civil prévoit que le mineur capable de discernement peut être entendu par le juge. En pratique, les juges auditionnent les enfants à partir de 10-12 ans environ. L'avis de l'enfant est un élément parmi d'autres : il ne décide pas seul.
Que se passe-t-il si l'autre parent déménage loin ?
Le parent qui déménage doit prévenir l'autre parent en avance (article 373-2 du Code civil). Si le déménagement rend le DVH actuel impraticable, l'un ou l'autre parent peut saisir le JAF pour adapter le jugement. Le juge tiendra compte de la distance, des moyens de transport et de l'intérêt de l'enfant.
Le DVH peut-il être supprimé ?
Dans des cas graves, oui. Le JAF peut suspendre ou supprimer le DVH s'il estime que l'enfant est en danger (violences, abus, addictions sévères). Il peut aussi fixer un droit de visite "médiatisé", c'est-à-dire exercé dans un lieu neutre et en présence d'un tiers professionnel (un espace de rencontre).
Les grands-parents ont-ils un droit de visite ?
Oui. L'article 371-4 du Code civil prévoit que l'enfant a le droit d'entretenir des relations avec ses grands-parents. Si un parent empêche ce lien, les grands-parents peuvent saisir le JAF pour obtenir un droit de visite. Le juge statue, là encore, en fonction de l'intérêt de l'enfant.
Peut-on passer du DVH à la garde alternée ?
Oui, à condition qu'un élément nouveau le justifie et que les conditions soient réunies (proximité géographique, disponibilité des deux parents, accord ou décision du JAF). Le passage se fait soit par accord amiable homologué, soit par requête au tribunal. Certains juges prévoient une phase de transition progressive. Découvrez les différentes formules de garde alternée possibles.
Comment calculer exactement le temps passé chez chaque parent ?
Comptez les nuits. C'est la méthode la plus simple et celle utilisée par la CAF et l'administration fiscale. Avec un DVH classique (2 weekends par mois), le parent non gardien cumule environ 52 nuits par an hors vacances. Ajoutez la moitié des vacances scolaires (environ 60 nuits), et vous arrivez à environ 110-115 nuits, soit 30 % de l'année.